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La dernière semaine de Sting à Paris

Publié le 3 mars 2026 par agence

Peu de personnalités dans le monde détiennent ce privilège : celui de ne pas avoir besoin d’être présenté. Le public sait déjà tout d’eux, ou presque. C’est le cas pour Sting, le nom de scène de Gordon Sumner, dont les chansons accompagnent nos jours et nos nuits depuis bientôt 50 ans ! Avec ce reboot de The Last Ship , une comédie musicale qu’il a écrite et dans laquelle il joue, Sting lève pourtant un voile sur un pan méconnu de sa vie, son enfance sur les chantiers navals, la vraie vie de Gordon Sumner en somme. Ce projet lui tient terriblement à cœur : il est venu le présenter et le défendre en personne à Paris, à la Seine Musicale, en amont du show. A 74 ans, il a l’allure d’un jeune homme, toujours aussi rock’n’roll et enthousiaste, et sa voix à la tessiture si distincte enjôle dès les premières notes. Vivre Paris a eu l’honneur de lui poser quelques questions. Dépêchez-vous de prendre des places: le show se termine cette semaine !

Sting à la Seine Musicale par Pixeline
Sting à la Seine Musicale par Pixeline

Pourquoi avez-vous choisi Paris pour The Last Ship ? Avez-vous un lien particulier avec le public français ?
J’ai toujours entretenu une longue relation créative avec la ville de Paris. Je suis venu ici pour la première fois en 1978. J’ai écrit l’une de mes chansons les plus célèbres et les plus réussies, Roxanne, à Paris (Sting a écrit le tube alors qu’il séjournait dans un hôtel louche derrière la Gare Saint-Lazare à l’occasion d’un concert de Police. Depuis sa chambre, il voyait des prostituées dans la rue, et le nom Roxane est emprunté à Cyrano de Bergerac dont il y avait une affiche dans la pièce, ndlr). J’ai joué dans toutes sortes de salles — du Stade de France au Bataclan. J’étais aussi là lorsque des salles, comme Le Palais des Glaces, ont ouvertes. Paris occupe une place spéciale dans mon cœur. Je considère The Last Ship comme l’un de mes héritages, alors l’amener ici était naturel.  J’ai hâte de le présenter aux Parisiens. 

Vous souvenez-vous de cette toute première fois à Paris ? Pouvez-vous nous en parler ?
Hahaha (rires) Non pas question ! (rires) Ce que je peux vous dire, c’est que la première fois que je suis venu à Paris, je ne pouvais pas me payer un hôtel très chic. J’ai donc séjourné dans cet hôtel vraiment très bon marché dans une ruelle derrière la gare Saint-Lazare. Vous voyez le genre d’endroit dont je parle… De Paris, j’ai tout vu, du plus grandiose au plus modeste, mais j’aime tout.

 

De Paris, j’ai tout vu, du plus grandiose au plus modeste, mais j’aime tout.

 

De quoi parle The Last Ship ?

C’est une histoire d’amour, une histoire de communauté. Une histoire d’intrigue politique, de trahison, une histoire de résistance, de dignité du travail. La pièce se déroule dans la ville où je suis né, au sein de la communauté qui m’a élevé. C’est donc une histoire personnelle pour moi. Je suis né juste à côté des chantiers navals. Au fond j’imaginais que je devrais un jour y travailler. Le chantier naval était effrayant et dangereux. J’ai fait tout ce que je pouvais pour y échapper. J’ai travaillé dur à l’école. Je suis devenu un musicien accompli. Mais j’avais aussi une dette envers la communauté que j’ai quitté. Cette pièce est ma façon de rembourser cette dette envers la communauté d’où je viens. C’est l’histoire des hommes et des femmes qui construisaient des navires.

Pourquoi avez-vous décidé de créer une comédie musicale avec The Last Ship au lieu de simplement partir en tournée avec l’album ?
J’aime faire des choses différentes et inattendues. Pour moi, l’élément le plus important dans l’art, c’est la surprise. Je veux surprendre les gens. Je veux que les spectateurs entrent dans ce théâtre et se disent : « Waouh, je ne m’attendais pas à ça ! » Et je peux promettre qu’il y aura beaucoup de surprises pendant ce spectacle !

Quel plaisir retirez-vous du fait de jouer dans une comédie musicale par rapport à vos concerts ?
C’est une compétence différente, un autre ensemble de « muscles ». Je chante toujours, mais j’interprète aussi un personnage. Il y a des parties de moi dans ce personnage, c’est un peu autobiographique, mais ce n’est pas moi. J’aime cette liberté d’être quelqu’un d’autre… Pour moi, l’art est synonyme d’empathie. Vous vous mettez dans la peau de quelqu’un d’autre, vous voyez le monde à travers ses yeux, puis vous créez une empathie avec les autres personnages sur scène, avec le public. C’est très excitant pour moi.

Vous chantez The Night the Pugilists Learned How to Dance, une chanson inspirée de la tradition de la chanson française. Est-ce la chanson qui résonne le plus en vous — un homme qui pensait que la bagarre était sa seule issue, mais dont l’art a changé la vie ?
Encore une fois, The Last Ship est un peu autobiographique, mais pas complètement… Et pour revenir à la chanson française, je suis un immense fan de Jacques Brel, de Piaf et de Charles Aznavour, avec qui j’ai eu le grand honneur de chanter. Je révère cette tradition et je m’en suis inspirée. Et la chanson des Pugilists en particulier a clairement un parfum de chanson française.

Quel est votre souvenir le plus marquant de Paris ?
J’ai beaucoup de souvenirs émouvants. Je pense au fait d’avoir été choisi pour rouvrir le Bataclan un an après la terrible tragédie. Ce concert célébrait une salle magnifique, mais honorait aussi les morts et leurs proches. Certains membres du personnel qui avaient survécu étaient présents ce soir-là. Ce fut une soirée difficile, mais qui restera toujours dans mon cœur. Je ne l’oublierai jamais.

 

J’ai beaucoup de souvenirs émouvants à Paris. Je pense au fait d’avoir été choisi pour rouvrir le Bataclan un an après la terrible tragédie.

Avez-vous une promenade préférée à Paris, ou un quartier favori ?
J’aime me promener dans le parc Monceau. Mais ce que je préfère par-dessus tout, c’est me perdre dans Paris — vous savez, l’Étoile, c’est très déroutant. Soudain, vous vous retrouvez place des Vosges ou ailleurs. J’adore me perdre dans les villes. J’aime la surprise.

Y a-t-il un restaurant à Paris que vous nous recommanderiez ? 

Il y a un chouette bistrot qui s’appelle la Brasserie Lipp. Ils me laissent toujours entrer parce que je mange leurs sardines.

Ce sont vos gourmandises préférées quand vous êtes à Paris ?
Allons, c’est impossible de répondre à cette question ! Il y a tellement de restaurants fantastiques à Paris !  N’importe quel endroit où vous entrez sera excellent. Mais je vais généralement dans les lieux que me conseillent mes amis Parisiens, parce qu’eux savent.

Vous avez récemment dit que pendant le COVID, vous avez passé un peu de temps à Senlis. Pourquoi avoir choisi la France ?
Un ami à moi possédait un magnifique château à Senlis. Les gens pensent maintenant que ce château m’appartient — mais non. C’était l’endroit idéal pour passer cette période. J’ai beaucoup appris sur l’histoire de Senlis — c’était la capitale de France à l’époque de Charles Ier, de Charlemagne… et la Cathédrale de Senlis est sublime. C’est un endroit vraiment charmant…. Et j’y ai d’ailleurs écrit quelques chansons !

 

Very few people in the world have this kind of privilege, not needing any introduction. The public already knows everything about them — or almost everything. That’s the case for Sting, the stage name of Gordon Sumner, whose songs have been with us, day and night, for nearly 50 years. With this reboot of The Last Ship, a musical he wrote and stars in, Sting lifts the curtain on a lesser-known part of his life — his childhood around the shipyards, in other words, the real life of Gordon Sumner. This project means a great deal to him; he even came to Paris, to La Seine Musicale, to present it and defend it in person ahead of the show. At 74, he still looks like a young man — just as rock’n’roll and enthusiastic as ever — and his unmistakable voice enchants from the very first notes. Vivre Paris had the honor of asking him a few questions

Why did you choose Paris for The Last Ship? Do you have a special connection with the French audience?
I’ve always had a long creative relationship with Paris. I first came here in 1978. I wrote one of my most famous and successful songs, Roxanne, in Paris (Sting wrote the hit while staying in a seedy hotel behind Gare Saint-Lazare for a Police concert. From his room, he could see sex workers in the street, and the name Roxanne came from a Cyrano de Bergerac poster on the wall, editor’s note). I’ve performed in every kind of venue — from the Stade de France to the Bataclan. I was also around when some venues first opened, like the Palais des Glaces. Paris holds a very special place in my heart. I see The Last Ship as part of my legacy, so bringing it here just felt natural. I can’t wait to share it with Parisians.

Do you remember that very first time in Paris? Can you tell us about it?
Hahaha — no way! What I can tell you is that the first time I came to Paris, I couldn’t afford a fancy hotel. I stayed in this really cheap place down an alley behind Gare Saint-Lazare. You know exactly the kind of place I mean… I’ve seen everything in Paris — the grand and the humble — and I love it all.

What is The Last Ship about?
It’s a love story, a story about community. It’s a story of political intrigue, betrayal, resistance, and the dignity of work. The play takes place in the town where I was born, among the community that raised me, so it’s a very personal story for me. I was born right next to the shipyards. Deep down, I assumed I would end up working there one day. The shipyard was terrifying and dangerous, and I did everything I could to escape it. I worked hard at school. I became a successful musician. But I also felt I owed something to the community I left behind. This play is my way of paying that debt — of giving something back to the place I come from. It’s the story of the men and women who built ships.

Why did you decide to create a musical with The Last Ship instead of simply touring with the album?
I like doing things that are different and unexpected. For me, the most important element in art is surprise. I want to surprise people. I want audiences to walk into the theatre and say, “Wow, I did not expect that !” And I can promise there will be plenty of surprises in the show!

What do you enjoy about performing in a musical compared to your concerts?
It requires a different skill set, a different set of “muscles.” I’m still singing, but I’m also playing a character. There are bits of me in that character — it’s somewhat autobiographical — but it’s still not me. I love the freedom of becoming someone else. To me, art is empathy: you step into someone else’s shoes, you see the world through their eyes, and you build empathy with the other characters onstage and with the audience. That’s incredibly exciting for me.

You perform The Night the Pugilists Learned How to Dance, a song inspired by the French chanson tradition. Is that the song that resonates with you the most — a man who thought fighting was his only way out until art changed his life?
Again, it’s a bit autobiographical, but not entirely… And to get back to chanson, I’m a massive fan of Jacques Brel, Piaf and Charles Aznavour, whom I had the great honor of singing with. I revere that tradition and it has influenced me a lot. And the Pugilists’ song definitely has a touch of French chanson in it.

What is your most memorable memory of Paris?
I have many emotional memories. I think to being chosen to reopen the Bataclan one year after the terrible tragedy. That concert was both a celebration of a beautiful venue and a tribute to the victims and their families. Some of the staff who had survived were there that night. It was a difficult evening, but one that will always stay in my heart. I will never forget it.

Do you have a favorite walk or neighborhood in Paris?
I love walking around Parc Monceau. But more than anything, I love getting lost in Paris — you know, l’Étoile is incredibly confusing. And then suddenly you end up in Place des Vosges or somewhere else entirely. I love getting lost in cities. I love surprise.

Is there a restaurant in Paris you would recommend?
There’s a nice bistro called Brasserie Lipp. They always let me in because I eat their sardines.

Is that your favorite treat when you’re in Paris?
Come on, that’s an impossible question! There are so many fantastic restaurants in Paris. Pretty much anywhere you walk into will be great. But I usually go to places recommended by my Parisian friends — they know best.

You recently said that you spent some time in Senlis during COVID. Why did you choose France?
A friend of mine owned a beautiful château in Senlis. People now think it was mine — but no. It was a great place to spend that period. I learned a lot about Senlis’s history — it used to be the capital of France in the time of Charles I, Charlemagne… and the cathedral is breathtaking. It’s a truly lovely place. And I actually wrote a few songs there.

 

The Last Ship à la Seine Musicale, du 18 février au 7 mars 2026

The Last Ship de Sting, Réédition en double CD et double vinyle de l’album solo de Sting paru en 2013 avec ajout de cinq titres totalement inédits : Island of Souls (2025)• Shipyard (avec Joe Caffrey, Brian Johnson et Jo Lawry), Ship of State (avec Renée Fleming), If You Ever See Me Talking to a Sailor (avec Frances McNamee), er O’Brien’s Hymn

interview: Estelle Surbranche

Photos: Pixeline

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